Gros-Nez le quêteux

Un roman de Mario Bergeron

posté le 23-05-2015 à 08:14:15

Deux caractéristiques du roman

 

Gros-Nez le quêteux est un roman sans chronologie. Ceci signifie que le personnage vedette peut avoir 23 ans dans un chapitre, 41 dans le suivant et 33 dans le troisième. Il s'agit d'une idée déjà présente dans mes romans Contes d'asphalte et Des trésors pour Marie-Lou. Pourquoi ? Pour insister sur le fait que chacun des 25 chapitres, thématiques, est une histoire complète en soi, avec un début et une fin. De plus, quelle règle établit qu'un roman doit suivre la route de A à Z ? Écrire un roman, c'est aussi faire preuve de créativité en ne suivant pas les chemins battus.

 

 

 

Une deuxième caractéristique : hors deux personnages ayant des surnoms, aucun autre ne porte de nom, sinon Joseph, l'ami de Gros-Nez. De nouveau : pourquoi ? Tout simplement parce que les personnages présents dans un chapitre ne reviennent jamais dans les autres. Il aurait alors été très lourd de donner des noms à tous ces gens, avec l'assurance de ne pas les revoir.

 

 

Comme premier extrait : le début du roman.

 

 

« Un quêteux ! Maman ! Maman ! Un quêteux ! » La petite fille cherche protection derrière son frère de sept ans, donnant ainsi l’alerte à sa mère, sortant de la maison quelques secondes plus tard. Le court délai a été suffisant pour que le vagabond fasse la conquête des deux oiselets craintifs à l’aide de quelques grimaces très drôles. Il enlève son chapeau de paille pour saluer la paysanne au visage sévère.

 

« Vous êtes un vrai quêteux ?

- Oui, madame.

- D’où venez-vous ?

- D’ailleurs, madame.

- Ce n’est pas une réponse ! Parlez comme du monde ! Vous n’êtes pas du canton, sinon, je le saurais. D’où arrivez-vous ?

- De la côte, dans le coin de Québec.

- Vous voulez manger, je présume ? Parce que de l’argent, vous n’en aurez pas ici.

- J’ai faim, mais je ne tends pas la main : je tends mon cœur pour que celui de mes frères et sœurs de l’humanité s’ouvre à son tour. La charité est une récompense. Donnez-moi à manger et je répare tout ce que vous voudrez autour de votre maison.

- Mon mari est capable de faire ça. Vous ne parlez pas comme un quêteux.

- Je peux transporter des lourdes charges, brosser votre cheval, enlever les cailloux du chemin, je peux…

- Mon mari et mes gars peuvent se débrouiller avec cet ouvrage-là, que je viens de vous dire. Prenez place sur le perron et je vais aller voir si j’ai un petit quelque chose à vous donner. Votre nom ?

- Gros-Nez.

- Ce n’est pas un nom. 

- Regardez ce que j’ai au milieu du visage et vous verrez que je ne peux avoir d’autre nom. »  

La petite fille laisse s’envoler un rire, alors que sa mère se retient pour ne pas l’imiter. En effet, pense-t-elle, ce mendiant est affublé du nez le plus singulier que l’on puisse imaginer. Prédominant, rond, comme ces artifices que les bouffons des cirques portent pour dérider le public. L’homme replace son chapeau en s’installant sur la galerie, faisant rouler ses yeux de gauche à droite pour dérider le garçon. La femme sort, tendant un bout de pain et un petit plat de graisse de rôti. Gros-Nez lève son couvre-chef pour remercier. Il mange très lentement. Elle chasse ses enfants trop curieux, qui se sont approchés pour regarder l’étranger impoliment. En réalité, elle désire parler en toute intimité avec cet homme immense. 

« Ma sœur habite à Montmagny. Est-ce que vous êtes passé par là ?

- C’était sur ma route, ma bonne dame.

- Pas de maladies, à Montmagny ? C’est une grosse place. Y a toujours des risques de vermine, dans les villes et les villages trop grands.

- À ce que je sache, tout le monde allait bien à Montmagny et dans les villages de la côte.

- Me voilà contente de l’apprendre. Ma sœur est fragile de sa santé. Elle m’écrit des lettres, mais c’est difficile de trouver quelqu’un pour les faire lire, surtout quand la maîtresse d’école du rang est partie chez ses parents pendant l’été.

- J’ai croisé une belle maison d’école en venant dans le coin. Vos deux enfants ne la fréquentent pas ? Ils pourraient lire les lettres de votre sœur.

- Ils sont encore petits, puis mon aîné a tout oublié ça, même s’il est capable de compter et signer son nom. Si… si… Est-ce que vous pourriez me lire sa dernière lettre ? Je vous donnerais encore du pain. Vous savez lire ?

- Très bien.

- Mon mari est aux champs, avec mon grand. Si vous voulez les aider, on pourra vous laisser coucher dans la grange.

- Avec joie, madame.

- J’aimerais avoir toutes les nouvelles de Montmagny. »

 

 


 
 
posté le 23-05-2015 à 05:54:27

Histoire et implication personnelle

 

Je n'ai jamais aimé l'idée de "roman historique" qu'on m'a imposée. Tant pis si des auteurs veulent donner des cours d'histoire en écrivant un roman, mais cela n'a jamais été mon but. Ce n'est pas parce qu'une fiction se déroule dans le passé qu'elle devient obligatoirement historique. Il n'y a eu aucune recherche dans des livres ou des journaux anciens pour ce roman. Aucune. Cependant, comme je suis historien, il y a certains éléments que je n'ai pas à vérifier, qui font partie de ma culture. J'ai glissé ces faits en douce, sans qu'ils ne nuisent aux caractères des personnages, aux situations. Par exemple : l'attitude méprisante des fermiers québécois envers les agronomes du gouvernement, tout ce qui est relatif aux forains, la vie dans les "Petits Canadas" dans les villes américaines de Nouvelle-Angleterre.

 

 

 

 

Quelle est la part personnelle d'un auteur dans son roman ? Elle est souvent présente, volontairement ou non. Des choses que je vois ou que j'entends deviennent des éléments du roman. Un bel exemple avec l'extrait suivant. En novembre 2009, en revenant du salon du livre de Montréal, je buvais mon café dans le froid, assis sur les marches d'un édifice, quand soudain surgit un jeune homme qui me réclame de l'argent pour un café. Je lui donne deux dollars et lui demande de venir boire avec moi. Il tient promesse. Il s'installe avec moi, m'informe qu'il sort de prison. Il était très drôle et observateur d'autrui. Il pouvait me prédire la réaction des passants quand il leur demanderait de la monnaie. Alors, je n'ai pas oublié, et cet homme véritable est devenu un personnage de Gros-Nez le quêteux.

 

 

Gros-Nez perd son temps sur la grande artère commerciale Sainte-Catherine, là où les policiers sont prêts à tout pour que le public ne soit pas importuné par l’apparence hirsute des vagabonds. L’homme croise quelques confrères, ne répondant pas à l’image folklorique de ceux de la campagne. Ce sont des sans emplois. Souvent, ces gens n’ont pas choisi l’errance, alors que certains ont valsé de malchances en catastrophes.  

 

« Je sors de prison, monsieur. Pouvez-vous m’aider ?

- Oui, je le peux. Marchons ensemble et nous parlerons.

- Je préférerais de l’argent.

- Pour manger ?

- Non, pour boire. Ça fait trois ans que je n’ai pas bu un verre de bière. J’ai plus soif que faim.

 - Allons-y. »  

Gros-Nez ne trouve aucune taverne acceptant son troc en retour d’une bière pour cet ancien prisonnier très drôle. Il interpelle les passants pour se moquer gentiment de leurs manières. Le quêteux ne ferait jamais une telle chose et ne peut expliquer pourquoi il rit en douce en voyant les visages se détourner ou les gens froncer les sourcils de façon outrée. Faute de bière, il consent à partager les biscuits et le pain de son sac.

 

Tags: #histoire
 


 
 
posté le 22-05-2015 à 06:17:45

Quelques caractéristiques de Gros-Nez

 

SALUER :  Je vais justifier la présence d'une photo d'un autre célèbre vagabond : Charlie Chaplin. Quand Charlot quitte un lieu, il marche seul sur une route, de dos. Gros-Nez fait la même chose, mais j'ai ajouté un autre élément : il salue en faisant tourner sa main au-dessus de sa tête. Ceci signifie : je m'en vais, je te salue, mais je vais revenir.

 

 

 

LE SAC : Gros-Nez porte sur son épaule un sac, qui contient divers objets dont il se sert. À la base, il y a quatre objets : une tasse de fonte, un pot d'encre, sa pipe (et son tabac) et une balle de baseball. J'explique plus loin la raison de la présence de ce dernier élément.

 

 

 

CULTIVÉ : La majorité des vagabonds de cette époque étaient des hommes pauvres, sans métier, ou ayant vécu une malchance. Ce qui étonne les paysans lorsqu'ils rencontrent notre héros : "Tu ne parles pas comme un quêteux". En effet, Gros-Nez s'exprime dans un français sans trop d'argot. De plus, il sait écrire et lire, cela dans une société où les analphabètes étaient monnaie courante. Dans les derniers chapitres du roman, il revient de ses errances avec des livres destinés au fils de Joseph. Les titres de ces ouvrages indiquent que Gros-Nez est un homme cultivé, qui a fréquenté longtemps l'école.

 

 

 

GUÉRISSEUR : Gros-Nez possède le don de guérir les enfants.

 

 

 

ANIMAUX : Notre quêteux a l'habitude de parler aux animaux de toutes sortes.

 

 

Vous trouverez d'autres caractéristiques dans les articles suivants.

 

 

 

L'extrait : Gros-Nez travaille un hiver entier dans un camp de coupe de bois, où il devient le lecteur des analphabètes et aussi celui qui écrit les lettres à la jeune fille aimée.

 

 

 

 

Ceux qui n’ont pas honte de leurs sentiments sont les analphabètes, qui doivent faire lire leur courrier par les autres, bien qu’ils choisissent un seul lecteur, avec le plus grand soin. Rien de mieux que l’homme qu’ils ne reverront pas l’an prochain ou dans le canton : Gros-Nez. Le quêteux est ainsi devenu le secrétaire romantique de six hommes, qui se montrent sous leur vrai jour, même si quatre d’entre eux rougissent lors des séances de lecture ou d’écriture.  

 

 

« Écrire une lettre à ta blonde dans les bécosses ! Honnêtement, hein !

- Est-ce qu’elle va le savoir, où ça a été écrit ?

- Non.

- Alors quoi ? On est tranquilles, ici, quêteux. Tu comprends, je ne veux qu’aucun gars ne soit au courant et dans les bécosses, on est certains d’avoir la paix.

- À moins qu’un homme ait une envie de…

- Écris, écris, Gros-Nez.

- Que veux-tu lui dire ?

- Que je l’aime. Cependant, que ça reste entre toi et moi ! Ne le dis pas aux gars !

- Ça va demeurer entre nous et les bécosses.

- Commence par : cher amour. C’est bien, ça ?

- Très beau.

- Ensuite, tu donnes de mes nouvelles : je travaille très fort, j’économise pour notre futur mariage, le contremaître est content de moi, je…

- Sauf hier.

- Ça, t’en parles pas. Écris ! Pendant ce temps, je vais penser à des mots sucrés qui vont lui faire plaisir. » 

 

 

Le courrier n’arrive qu’à toutes les deux semaines. La distance est longue à franchir et une tempête peut ralentir l’Indien engagé pour faire la navette entre la côte et le camp de bûcheron. Les lettres sont attendues avec plus d’envie que les paies. Que peuvent faire ces hommes avec de l’argent au cœur d’une forêt ? Par contre, des nouvelles « d’en bas » réchauffent les cœurs refroidis. 

 

 

« J’ai reçu une lettre, Gros-Nez. Elle a répondu à celle qu’on a écrite dans les bécosses.

 - Tu veux que je te la lise.

- S’il te plait, mais dans un coin discret. » 

 

L’amoureuse parle de la vache familiale très malade, de son grand-père courbant de plus en plus, de son petit frère qui a mis la main sur un rond de poêle. Elle recommande au jeune homme de ne pas prendre froid, de se chausser comme il faut, de ne pas répéter les blasphèmes que les bûcherons se permettent quand éloignés de la douceur féminine. 

 

« Ça fait du bien en tabarnaque, une lettre comme ça.

- Je n’ai pas terminé. Il y a un post scriptum.

- Hein ? Du Latin ?

- Il s’agit d’une petite note additionnelle. Elle écrit : Je panse à toé avec toute mon keur pis mon amourre.

- Hostie que je suis content ! Qu’est-ce que je ferais sans toi, Gros-Nez ?

- Pourquoi est-ce qu’un grand garçon de vingt ans comme toi ne sait ni lire ni écrire ? On n’est plus à l’époque de nos grands-parents.

- Mon père m’a retiré de l’école parce que la maîtresse l’avait traité de cochon. Je te demande pas comment ça se fait qu’un quêteux sache lire, écrire et parler avec des grands mots savants ?

- Privé, mon ami ! Un quêteux doit garder ses secrets.

- D’accord ! Ah là, je me sens plein d’amour ! »

 

 


 
 
posté le 21-05-2015 à 01:54:15

Campagne et ville

 

Gros-Nez a parcouru toutes les régions ouvertes du Québec de son époque. Ajoutons l'Ontario, puis les États de la Nouvelle-Angleterre. En prenant de l'âge, il se rend de plus en plus à Trois-Rivières, près de son ami Joseph.

 

 

 

Le Québec du temps étant avant tout rural, le quêteux peut travailler à toutes les tâches relatives à l'agriculture. Il a vu des fermes prospères et d'autres délabrées, des terres riches et d'autres ingrates. Tant de fois, il a couché dans des granges. La culture entre les hommes comme lui et les paysans étant plus présente à la campagne, Gros-Nez semble aimer davantage les fermiers, les villages.

 

 

Notre héros déteste Montréal, à cause des policiers intransigeants. Par contre, il adore Québec, s'y sent libre et entouré de beauté et de chaleur. Gros-Nez vénère le fleuve Saint-Laurent. Dans un chapitre, on voit son attachement pour Manchester, au New Hampshire, où il avait passé deux étés, au cours de son adolescence.

 

 

L'extrait : Notre vagabond rencontre une femme de Montréal, qui se sent trop enracinée à sa maison. Gros-Nez décide de lui changer les idées, en l'accompagnant vers le fleuve.

 

 

 

Les jeunes gens de milieu agricole disent qu’il y a tant à voir, dans les villes. Gros-Nez n’a jamais osé leur raconter que les urbains pensent la même chose de la campagne. Aux premiers, le mendiant évoque les grands parcs, les fanfares dans les kiosques et les théâtres de vaudeville, gardant pour les seconds la beauté de la nature, le bon air et le temps qui passe avec douceur.  

 

« Quand mon mari va apprendre que je suis sortie avec un quêteux…

- Il ne dira rien. Il a bon cœur, votre époux.

- Comment pouvez-vous le savoir ?

- Parce que j’ai rencontré des milliers de bons cœurs et autant de sans cœurs.

- Où m’emmenez-vous ? J’ai soudain un regret. Que va penser la voisine ? Que je ne m’occupe pas de mes enfants ?

- La voisine sait que vous prenez soin de ces enfants-là et des autres toute l’année, sans arrêt. Alors, qu’est-ce que ça représente, rater un après-midi ?

- Où allons-nous ? Je veux le savoir.

- Là où le vent me pousse. » 

Suite à cette réponse, la femme arrête tout de suite, se retourne et presse le pas vers sa maison. « L’occasion ne reviendra pas avant longtemps. Ce n’est pas en hiver que vous goûterez une heure de liberté. » Gros-Nez sait où se diriger : vers le fleuve, mais pas du côté du port ni du parc Sohmer. Le fleuve bordant Montréal a ses coins secrets, là où il se transforme en cours d’eau de paix, comme s’il coulait à la campagne. « Je l’ai parcouru de long en large, sur les deux rives. De l’Ontario jusqu’à la Gaspésie. Quand rien ne va, je me marche vers le fleuve. Son cœur me rappelle les ancêtres venus de France pour fonder un pays. Il a toutes les beautés de l’univers. L’été, sur le bord du Saint-Laurent, ne ressemble ni à celui de la ville ni à celui de la campagne. Il réclame nos regards d’amour. Observez-le ainsi et plus rien n’existera que lui et vous. »

La femme ne répond pas, respire profondément. Après une hésitation, elle raconte à l’homme des souvenirs d’enfance, quand le marchand ambulant arrivait avec sa charrette pleine d’étoffes et de chapeaux, quand les hommes revenaient des chantiers de coupe de bois, quand sa mère ordonnait un grand ménage de la maison pour les accueillir. Les fleurs, les papillons aux couleurs merveilleuses, le tonnerre dans la nuit qui l’incitait à se cacher sous le lit, un oreiller recouvrant sa tête. Se rendre à l’école des rangs pieds nus pour ne pas user les chaussures. La beauté de chaque jour ! « Tout se prolonge dans nos vies. Ce que vous me dites existe à jamais. Le fleuve vous le rappellera toujours. » Un long silence suit, brisé par un soupir de la femme : « Mes enfants sont bons. » Gros-Nez juge que le temps est venu de retourner là-bas. Nul doute qu’elle se sent mieux. Chemin faisant, il la fait rire en jonglant avec sa balle. Puis il arrête de marcher. 

« Vous savez comment retourner chez vous. Moi, je vais dans l’autre sens.

- Où donc ?

- Là où il y aura d’autres gens pour écrire leur vie dans le grand livre de la sagesse que je porte dans mon âme. Vous êtes une brave personne, comme votre mari et vos enfants.

- Vous reviendrez, Gros-Nez ?

- Au moment où vous ne m’attendrez plus, je serai là. »

 

 


 
 
posté le 20-05-2015 à 06:19:23

Générosité

 

Gros-Nez ne tend jamais la main pour recevoir de l'argent. Il quête pour de la nourriture, un lieu pour dormir, mais toujours en voulant rendre service à la personne généreuse. Il a rarement de l'argent sur lui, sinon quelques sommes dérisoires.

 

 

 

Pourtant, il lui arrive de tenir des emplois, principalement au cours de l'hiver. Plusieurs fois, il travaillera dans des camps de coupe de bois, sera l'assistant d'un maréchal-ferrant et passera les mois froids dans une fabrique de canots et de barques. Quand le printemps revient, il a des billets dans ses poches et le seul luxe qu'il se permet est des chaussures ou des bottes neuves, sachant qu'il passera les saisons suivantes à marcher. La plupart du temps, il envoie ses paies à son ami Joseph. À une occasion, il ne lui reste que cinquante sous dans ses goussets. Alors, il entre dans un magasin et achète des friandises, qu'il lance aux enfants passant devant lui et, dix minutes plus tard, il n'a plus un rond.

 

 

 

L'extrait : Gros-Nez vient de travailler un hiver dans un camp de bûcherons et voyage avec les hommes pour retourner dans la vallée du Saint-Laurent. Court extrait, mais qui illustre bien son attitude envers l'argent et sa générosité.

 

 

 

Le vagabond prend place avec les autres hommes dans les barques menant jusqu’au plus proche village, cependant situé à des milles et des milles du campement. Quand tout le monde s’installe dans le train, Gros-Nez a l’impression de faire partie d’un bétail en route vers l’abattoir. Les hommes, fous de joie, passent leur temps à se raconter des blagues et à se remémorer les moments les plus cocasses des derniers mois.

 « Tu t’en vas où, Gros-Nez ?

- Là où le vent me poussera.

- Vers le nord, donc.

- Ah non ! Pas le nord !

- Ça fait drôle de penser que tu te proclames quêteux, alors que tu viens de toucher cinq mois de salaire. »

 Le vagabond ricane brièvement, avant de sortir les billets de ses poches et de les distribuer aux hommes du wagon. Ils protestent, refusent avec violence, jusqu’à ce que Gros-Nez leur cloue le bec en déchirant un billet sous leurs yeux. Tout le monde se précipite immédiatement vers les deux moitiés. « Je vais en garder un peu pour changer mes chaussures, puis pour donner à mon ami Joseph. Ma vraie paie, c’était vous. Même ceux qui puaient des pieds ! Salut, mes bons amis ! »

 

 


 
 
posté le 19-05-2015 à 06:30:26

Gros-Nez et les trains

 

Gros-Nez est un homme très grand, costaud. Il est fort physiquement, ce qui lui permet de s'adonner à un jeu dangereux, auquel il prend un immense plaisir : s'accrocher aux trains de marchandise en marche et arriver à entrer dans un wagon. En premier lieu, il avait un peu de mal à y arriver, mais un fermier, ancien athlète, lui a donné de bons conseils. Avec les années, le quêteux est devenu un expert pour vaincre autant les express que les chemins de fer régionaux. Avec l'âge, cependant, il rencontre certaines difficultés...

 

Non seulement il arrive à monter à bord de ces monstres en mouvement, mais il sort toujours à l'approche d'une gare importante. Il saute dans le vide et arrive à le faire sans trop de mal.

 

À l'intérieur des wagons, Gros-Nez est souvent curieux de voir ce que contiennent les caisses entreposées. Cependant, il ne vole jamais rien. S'il a faim et si les caisses ou barils contiennent de la nourriture, l'homme n'y touchera pas.

 

Le roman contient de multiples aventures à bord des trains de marchandise, dont une incroyable mettant en vedette un chien perdu. L'extrait suivant est court, mais représente très bien la relation entre Gros-Nez et les trains.

 

 

 

À la sortie du village, le train, caché derrière une courbe, fait entendre son grondement. Gros-Nez surgit du néant, court en tendant la main vers les barres de fer qu’il y a toujours sur les wagons de marchandise. L’objet saisi, il se donne immédiatement un élan pour déposer ses pieds sur le rebord du wagon. Le voilà en position pour faire voler le loquet de la porte, la poussant ensuite avec son pied et se jeter facilement à l’intérieur. « Je t’ai eu, hein ! » dit-il en riant. Il s’installe, sans regarder autour de lui, jusqu'à ce que le ventre lui fasse mal. « Un quêteux avec une indigestion ! J’ai honte ! » Après quarante minutes, il décide de sortir. Descendre paraît plus risqué que de monter. Il y a le danger de se casser une jambe, de se faire sérieusement mal en roulant sur lui-même, aboutissant il ne sait jamais trop où. Le voilà attendant le lieu le plus propice pour se jeter dans le vide. Pied à terre, il tombe, puis roule en se protégeant la tête et aboutit dans un ruisseau.
Tags: #train
 


 
 
 

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