Gros-Nez le quêteux

Un roman de Mario Bergeron

posté le 18-05-2015 à 06:36:49

Baseball

 

Gros-Nez est fou du baseball. La source de cet amour : deux séjours à Manchester, New Hampshire, au cours de son adolescence, afin de travailler pour son oncle. Il y rencontre d'autres jeunes, s'initie rapidement au sport, joue sans cesse. Comme il était déjà doué d'un physique impressionnant, il réussit mieux que les autres et nul doute que le plus fol espoir de devenir pro a habité son coeur, car, des années plus tard, il y pense encore... Sur sa route d'errance, quand il croise des hommes dans un champ, bâtons à la main, il offre ses services comme joueur ou comme arbitre, se perdant dans des vantardises sur ses connaissances de ce sport.

 

 

Dans son sac de misère, Gros-Nez transporte une balle de baseball. En réalité, il y a deux balles, dans le roman. La première date de son adolescence et est très usée. La seconde a été captée en 1894, lors d'une visite au stade de Boston. C'est celle-là qu'il gardera avec lui jusqu'en 1915. Pourquoi ? Parce que la balle devient son amie lors des moments difficiles. S'il a froid, faim, s'il subit une contrariété, il sort la balle du sac, la lance loin devant lui, avance, la reprend, la relance, jusqu'à ce qu'il se sente mieux. À une occasion, un petit garçon a intercepté la balle, et, pris de panique, s'est enfui avec l'objet entre les mains. Gros-Nez aura du mal à récupérer son bien.

 

L'extrait : Le quêteux décide de s'accorder un luxe : assister à une rencontre des Royals de Montréal, une équipe pro des ligues mineures, mais son projet se noie sous des torrents. Il réalise cependant un rêve, grâce à un joueur rencontré au stade déserté. Le joueur n'est pas nommé, mais il s'agit de Candy LaChance, un franco-américain qui a joué à Brooklyn et Boston.

 

 

Approchant du stade, le quêteux a l’impression de marcher vers le désert. Déception ! Comme un petit garçon, il se répète que ces athlètes ne se laisseront pas impressionner par un terrain détrempé. Le guichetier, obligé de demeurer à son poste pour renvoyer les hardis, donne un autre son de cloche : « Ce n’est pas les grandes ligues des États-Unis, ici. » Gros-Nez demande de voir le terrain. Refusé ! « Payez, allez vous installer, puis revenez une demi-heure plus tard et je vous rembourserai. » Ces règlements… Comme c’est beau ! Aussi joli qu’à Boston ! Cette verdure ! Ces belles estrades ! Malgré l’absence de gens, le lieu semble animé par une âme. Soudain, le quêteux voit un joueur, avec son magnifique uniforme. Gros-Nez se lève, l’applaudit. L’homme, étonné, salue de la main. Le vagabond prend le risque d’approcher de la clôture, afin de peut-être lui parler en anglais, mais l’homme lui réplique en français.

 « Beau terrain, n’est-ce pas ?

- Les seuls vrais terrains, ce sont ceux des grandes ligues. Quand on y a joué et qu’on arrive à Montréal, c’est comme recevoir un coup de poing sur la gueule. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Je dois jouer afin de retourner là-bas, leur prouver qu’ils ont eu tort de me mettre à la porte.

- Vous… Vous avez joué dans les grandes ligues ?

- À Boston et à Brooklyn.

- Merveilleux ! 

- Vous le dites. Notez bien que je frappe solidement, à Montréal, et que je terminerai peut-être la saison avec une équipe des États-Unis.

- Et vous êtes le seul en uniforme sur le terrain.

- Il y en avait quatre autres, tantôt, mais ils sont partis. Le champ extérieur ressemble à une rivière.

- Pourquoi être resté ?

- À trente-cinq ans, je ne dois rien rater. Quand tout sera terminé, je vais redevenir un homme sans rêves. Aussi bien profiter de chaque seconde aujourd’hui, même si je sais que les Royals ne joueront pas.

- J’ai espéré le contraire avec la plus grande foi du monde.

- Vous me plaisez, monsieur. Allons prendre un verre ensemble.

- Est-ce que… Est-ce que je pourrais descendre sur le terrain ? »

 

 Gros-Nez s’endort dans un champ du nord de la ville, ne ressentant ni le vent ni le froid. En suçant son pouce, il a pensé à ce moment où il était installé au milieu du terrain, une casquette sur la tête et un gant de professionnel dans sa main droite. Puis il a lancé des balles avec cet homme unique qui gagne son pain en jouant au baseball et qui a été applaudi par d’immenses foules aux États-Unis.

 

Tags: #baseball
 


 
 
posté le 16-05-2015 à 22:28:52

Sociabilité

 

Gros-Nez est un homme très sociable, altruiste. Il définit les gens comme ses "frères et soeurs de l'humanité." Jeune, il n'aimait guère les bourgeois, mais la maturité lui fait changer d'idée. Chacun de ses déplacements et de ses arrêts a comme but de rencontrer et d'échanger avec ses prochains. Il aime les marginaux, les doux dingues, les déclassés, tout comme les ouvriers, les petits cultivateurs. Il s'entend autant avec les hommes, les femmes qu'avec les enfants. À ses yeux, tous les individus sont des histoires.

Afin de communiquer, d'attirer l'attention, le vagabond possède un don qu'il a développé progressivement : c'est un raconteur captivant, surtout quand il ajoute à ces mots une panoplie de gestes amples, de mimiques et de grimaces très drôles. L'extrait suivant raconte le début d'une relation touchante qu'il a entretenue avec une femme sourde et muette.

 

 

 

Cette offre surprise laisse présager de bons moments dans cette localité. En approchant de l’escalier donnant sur la cour, Gros-Nez note six ou sept enfants, fous de joie à cause de la fin de l’année scolaire. Il cogne à la porte, se présente, répète ce que l’homme a dit. La femme hoche la tête au lieu de répondre, désignant du menton une chaise à sortir. Le quêteux obéit. Cinq minutes plus tard, elle suit avec un verre de jus de fruit et des biscuits. « Il y a vos enfants, parmi ce joyeux groupe ? » Elle répond en montrant deux doigts. Gros-Nez comprend aussitôt que cette femme est sourde et muette. Il déduit qu’elle peut lire sur les lèvres, se rendant compte qu’elle le regarde fixement quand il parle. Quand le vagabond s’adresse à elle plus lentement, la femme sourit d’aise. Gros-Nez porte son regard vers les gamins. Il sursaute quand elle frappe vigoureusement dans les mains trois fois, signifiant quelque chose de précis aux petits. Le garçon laisse son ballon et invite sa sœur à monter.

 

 

« Voulez-vous entendre une histoire, les enfants ? J’en connais des belles ou des drôles et je vais les dire devant votre maman, pour qu’elle en profite aussi. » La fable dure vingt minutes, avec les mimiques appropriées, attirant l’attention des jeunes demeurés en bas et qui montent l’escalier progressivement, un peu craintifs.

 

 

 « Vous avez une bonne épouse et des enfants bien élevés.

- Vous avez mangé ?

- Oui, des biscuits et du jus.

- Aussi peu ? Demeurez pour le souper, quêteux. Vous savez, mon épouse n’a pas beaucoup d’amies. Son infirmité fait peur aux autres femmes et des hommes croient qu’elle est une idiote. Votre présence va la distraire. Voulez-vous travailler pour moi ? Je vais vous payer avec des chaussures neuves. Il faudrait peindre la clôture au complet. Avec mon ouvrage au magasin, je n’ai pas le temps et voilà deux dimanches de suite qu’il pleut.

- Je vais le faire avec plaisir, monsieur.

- Il faudra sabler, avant d’appliquer la peinture. Je vais vous donner ce qu’il faut. »


 

 

Gros-Nez se met à l’œuvre tout de suite. Peindre lui a toujours donné une grande satisfaction, à cause de la lenteur et de la douceur de chaque geste. Il ne se laisse pas distraire par un groupe d’enfants, désireux d’entendre une autre histoire. « Plus tard, les petits. Je dois travailler. » Ils s’envolent immédiatement, sauf ceux de la sourde et muette. Collés à la robe de leur mère, ils regardent chaque geste de l’étranger. Du coin de l’œil, il peut voir l’étonnant spectacle de cette femme parlant par signes à son fils, lui répondant de la même façon.

 

 

 

 « Ma mère veut savoir si vous aimez le bœuf.

- Ça dépend s’il est joli.

- Ah ! Ah ! C’est drôle ! Je vais lui dire !

- Dis-lui plutôt que je suis persuadé que toute sa cuisine est excellente.

- Est-ce que vous répondez à ma question, oui ou non ?

- Oui, j’aime le bœuf. »

 

 

 

Le père quitte sa boutique pour voir le progrès du sablage. « Parfait ! Je vais aller chercher la peinture. » La fillette prend la relève de l’homme.

 

 

 

 « Est-ce que vous connaissez des histoires avec des poupées ?

- Plusieurs, comme celle de la poupée magique qui sait chanter.

- Ça va être drôle !

- Drôle ? Au contraire! C’est très tendre et merveilleux. Je l’ai rencontrée, cette poupée, et applaudi son chant. Sois sage et je raconterai, ce soir. Je dois peindre cette clôture et m’appliquer à le faire comme il faut.

- Pourquoi est-ce que vous vous appelez Gros Nez ?

- Parce que le lutin des nez m’en a donné trois au lieu d’un seul quand je suis venu au monde.

- Vous êtes comique ! »

 

 

 

Un signe de la mère et la fillette s’envole. Une demi-heure paisible passe. Le quêteux chante doucement. Soudain, la muette, au sourire radieux, le surprend en tendant un verre d’eau. Elle joint les mains et les dépose sur les joues du vagabond, tangue un peu. Sans doute qu’un des enfants lui aura dit qu’il chantait. Alors, il prononce les mots de la mélodie distinctement afin qu’elle puisse les traduire. Elle fait des signes qu’il a du mal à comprendre, avant qu’elle ne bouge le verre d’eau en dessinant un va-et-vient manuel. Il croit qu’elle veut entendre Il était un petit navire. Gagné ! Le garçon arrive par derrière au milieu de la chanson, tire sur la robe de sa maman, lui fait des signes rapides. La femme rougit, s’éloigne. Sans doute que poliment, il lui a fait savoir qu’elle lui a demandé de ne pas déranger l’invité alors qu’elle-même…

 

 


 
 
posté le 16-05-2015 à 07:08:34

Mystère

 

Gros-Nez, instruit des traditions entourant les quêteux, amplifie certains aspects pour paraître davantage mystérieux, afin d'intriguer les gens et ainsi avoir des relations avec eux. Il est muet sur son passé, sinon qu'il cite souvent les deux étés passés chez son oncle à Manchester (New Hampshire) au cours de son adolescence, moments inoubliables portant le germe de ce qui fera sa personnalité adulte. Sinon, personne ne sait où il est né et qui étaient ses parents, s'il a des frères et soeurs.

 

Il parle rarement de son lieu de provenance ni de sa destination quand il quitte des gens. Il dira qu'il s'en va où le vent le poussera et qu'il veut atteindre le fond de l'horizon.

 

Avant tout, sa véritable identité est secrète. À une occasion, il dira son vrai nom à un jeune mendiant, mais le lectorat ne le saura pas ! Son sobriquet lui a été attribué par son ami Joseph et désigne un nez prédominant. "Regardez ce que j'ai au milieu du visage et vous saurez pourquoi on m'appelle Gros-Nez." La phrase est souvent répétée, provoque des rires.

 

L'extrait suivant mérite une mise en contexte. Gros-Nez est las de sa vie de vagabond et décide de cesser d'errer par les routes et de devenir ermite, projet qui ne prendra pas forme, à cause d'une rencontre avec une femme dont il ne connaîtra jamais le prénom. Je crois que ce chapitre est l'un des plus beaux du roman.

 

 

« Mais qui êtes-vous, à la fin ?

- À la fin ? Est-ce que vous sous-entendez que je viens trop souvent ?

- Je veux savoir à qui je m’adresse. Vous admettrez qu’un bourru de votre espèce, avec une barbe d’homme des cavernes, pourrait devenir une menace pour les enfants et les jeunes filles du village.

- On me surnomme Gros-Nez et je vis dans une cabane, dans la forêt, vers le nord.

- Et un ermite a besoin d’encre ?

- Que vous importe, puisque je paie. Cependant, j’aurais aussi besoin de quelques autres effets et je pourrais travailler un peu pour vous en retour et…

- Je ne suis pas une organisation charitable, mais un commerçant.  D’abord, Gros-Nez, ce n’est pas un nom. De quoi avez-vous peur pour vous cacher dans la forêt et derrière un surnom aussi ridicule ? Vous êtes peut-être un évadé de prison ou un fou qui a fui un asile.

- Voilà mon argent. Donnez-moi mon pot d’encre et mon tabac.

- Vous ne fumerez pas longtemps… »

 

 

L’attitude de ce marchand confirme à Gros-Nez la pertinence de sa décision de vivre éloigné de l’humanité. Une jeune femme, témoin de l’altercation, sort de la boutique et presse le pas vers le vagabond. « Monsieur ! Monsieur ! » L’homme l’ignore, jusqu’à ce qu’elle ajoute : « Ce n’est pas un surnom ridicule, Gros-Nez. C’est joli. »  L’homme se retourne et sent son cœur battre en voyant un si charmant minois.

 

 « Mon frère a beaucoup de tabac et ne manque pas de travail pour gagner l’argent nécessaire à en acheter d’autre. Venez chez moi, je vais vous en donner.

- Je vous remercie, mademoiselle, mais je vais me rationner.

- Le tabac est le meilleur ami de la solitude. Moi-même, parfois, je fume une cigarette. N’agissez pas en orgueilleux et suivez-moi.

- Moi, orgueilleux ? »

 

Gros-Nez est intrigué de l’entendre parler de son frère à la manière d’un mari. La maison, modeste, est privée de décorations. Pas de papier peint aux motifs floraux. Des couleurs pâles remplacent les foncées habituelles. Aucune photographie austère d’un aïeul, comme partout ailleurs. Avant de penser au tabac, elle remplit une cafetière et dépose une bûche dans le poêle.

 « Je m’appelle Grand-Regard.

- Grand-Regard ?

- Si vous êtes Gros-Nez, j’ai le droit d’être Grand-Regard. Je sais où vous habitez. Du moins, je le présume. C’est une cabane à sucre abandonnée, dans la forêt, quelques milles au nord des limites du village. Vous marchez souvent cette longue distance pour venir acheter ceci ou cela chez le marchand. Je vais me ranger de son côté, pour une question : pourquoi de l’encre ? Qu’écrivez-vous ? Ne seriez-vous pas un peu poète ?

- Vous êtes curieuse, Grand-Regard.

- Vous aussi, Gros-Nez. Alors, je n’ai rien à cacher : cette maison appartenait à notre père, décédé voilà trois années. Ma mère l’avait précédé deux ans plus tôt. Mon frère et moi y habitons toujours. Il est chef de gare au village voisin et y couche en chambre, si bien que je suis seule ici cinq jours sur sept. J’étais maîtresse d’école, mais comme je ne me pliais pas à toutes les règles, les commissaires m’ont remplacée. Des biscuits, avec votre café ? »

 

Tags: #gros-nez
 


 
 
posté le 16-05-2015 à 01:46:54

Misère et mépris

 

Serviable, amusant et généreux, Gros-Nez se fait surtout des amis, sur sa route d'errances. Cependant, les moments difficiles font partie de son pain quotidien : blessures, faim et froid lors d'une terrible tempête de verglas. Ajoutons le mépris d'un maire de village et celui de deux contrôleurs de train. Le quêteux se fâche rarement, sauf dans le cas de cet extrait. Je précise que cet homme méchant deviendra ami avec le mendiant.

 

 

Le train repart et le quêteux soupire. Il n’en est pas à sa première mésaventure. L’homme est persuadé qu’il y a une importante blessure à sa jambe. Grand, fort et musclé, Gros-Nez ne s’est jamais inquiété pour des étirements, des enflures, pour des rhumes ou des afflictions passagères, alors que plus d’un se serait précipité vers le bureau d’un médecin. Ah ! il a trop faim ! Il faut sortir de ce wagon ! Le mendiant trouvera l’endroit propice pour se lancer dans le vide, recroquevillé, afin que ses jambes ne portent pas tout son poids lors du contact violent des chaussures avec la terre ferme. Voilà qu’une boîte lui tombe sur la tête, s’ouvre dans sa chute. C’est ainsi qu’il se rend compte qu’elles contiennent des vêtements féminins, des bas de coton, des corsets. En approchant de la porte, le convoi freine si promptement que le quêteux tombe, s’assomme. Peu après, il reçoit un coup de pied dans les côtes, donné par un contrôleur.

 « Passager clandestin ! Vagabondage ! Un paresseux ! Un voleur ! T’es monté à Québec, hein ?

- Je n’ai rien volé, monsieur.

- Tu voles la compagnie de chemin de fer ! Descends tout de suite ! Si t’as l’argent pour un billet de passager, je te laisse filer. Sinon, je t’attache comme un saucisson et je te remets à la police de Gaspé.

- Je n’ai rien volé, je n’ai pas d’argent et je suis blessé. »

 

Quel homme intransigeant, assurément très méchant en administrant deux autres coups. Il le pousse du talon, lui demande où il est blessé. Réponse de trop du quêteux, alors que l’autre en profite pour frapper la jambe meurtrie. Gros-Nez se plaint, jusqu’à ce qu’il soit roulé près de la porte et projeté en bas avec fracas. Le mendiant n’a jamais levé la main sur un de ses semblables, d’autant plus que rares sont ceux lui ayant cherché noise, sans doute à cause de son physique impressionnant, mais, en cet instant, il aurait le goût de répliquer et de coucher au sol cet homme. Les autres contrôleurs rigolent des coups administrés, alors que les passagers des wagons détournent le visage.

 

 Cet abominable tient promesse : Gros-Nez est attaché solidement et jeté dans la réserve à charbon, adjacente au poste du conducteur. Le train roule sans cesse, en omettant de brefs arrêts dans les villages. Au début de la soirée, l’engin arrête promptement. « Un éboulis ! J’ai passé près de ne pas le voir ! Il y aurait eu un très grave accident ! », clame le conducteur, tremblant. Gros-Nez entend le tumulte, alors que quelques voyageurs, ébranlés, pensent à ce qu’il leur serait arrivé en cas de déraillement. Le quêteux réclame qu’on le détache pour qu’il descende à son tour.

 

  « Je ne sais pas si je peux faire ça, étranger.  

- Cessez ces enfantillages ! Vous ne croyez pas que vous m’avez assez humilié ? Vous avez besoin d’hommes valides pour dégager la voie ? Alors, détachez-moi ! »

 

Tags: #train
 


 
 
posté le 15-05-2015 à 07:52:18

Gros-Nez dans les autres romans

 

Gros-Nez a été créé en 1993, pour le roman qui deviendra Le Petit Train du bonheur, à sa publication, en 1998. Le personnage a été repris à sa source pour Ce sera formidable, commercialisé en 2009. Le quêteux apparaît sporadiquement dans les deux romans comme personnage secondaire, mais qui a une très grande importance sur le présent et l'avenir de Joseph Tremblay et de son fils Roméo. De façon générale, Gros-Nez est davantage mystérieux dans ces deux romans.

Nul besoin d'avoir lu ces deux fictions pour apprécier le vagabond dans le nouveau roman. Cependant, ce qu'on croise dans Gros-Nez le quêteux respecte à la lettre ce qui a été écrit dans Petit Train et Formidable. Il y a aussi des compléments dans chacun des trois romans.

Voici un extrait de Ce sera formidable, alors que Gros-Nez rencontre un Joseph démoralisé, car il croit que son bébé Roméo va mourir. Le vagabond parle alors de son don de guérisseur. Il s'agit de la dernière présence du personnage dans ce roman, qui n'apparaîtra, des années plus tard, que dans la seconde partie du Petit Train.

 

 

 

Voilà si longtemps ! Pourtant, je ne l’avais pas du tout oublié, le gardant en secret pour mes pensées intimes. Aucune lettre ne m’est parvenue. Chemin faisant, Gros-Nez ne cesse de me répéter qu’il possède un don de guérisseur. Comme je demeure incrédule, il s’arrête brusquement, me regarde d’un air attristé, parce que mon silence l’accuse de mensonge. Je ne trouve rien d’autre à dire que Marguerite ne voudra pas. Cette affirmation, à ses yeux, devient synonyme de mon acceptation. Qu’est-ce que j’ai à perdre, après tout ? En effet, j’ai déjà entendu que, dans certains cantons, il y a des hommes qui soulagent les maux, mais j’ai toujours cru qu’il s’agissait de racontars de villageois s’ennuyant par les soirs d’hiver.La maison a l’air d’un sanctuaire de larmes.


La mort rôde. Petite Fleur est fanée, méconnaissable. Quand elle aperçoit le quêteux derrière mon épaule, elle baisse les yeux, ouvre la bouche pour parler, mais se ravise. Mon épouse se dirige vers le poêle pour faire chauffer un peu d’eau et offrir le thé à mon ami. Lui-même n’ose pas trop parler. Le silence qui nous entoure me fait peur. Je suis si habitué aux pleurs incessants de Roméo… À cette pensée, j’écarquille les yeux, puis monte à toute vitesse à l’étage, certain que ce silence signifie le décès de mon petit. Cependant, quand j’approche, il se remet à pleurer et à crier. Je le prends dans mes bras pour descendre le montrer au quêteux.


L’homme place sa main énorme sur son petit crâne en l’examinant en tous sens. Il nous pose des questions générales, comme le ferait un médecin, Il réclame de le tenir. Le quêteux se promène avec l’enfant, lui chantant une berceuse, avant de le remettre à Marguerite. « Il vivra très longtemps. Vous m’entendez ? Il aura le temps de devenir grand-père plusieurs fois. Il sera centenaire. »


J’offre à mon ami de s’installer près du poêle pour y dormir au chaud, mais il me répond : « Je sais que je serai toujours bien accueilli ici. C’est une bonne raison pour aller voir ailleurs. » Je respecte sa décision. En sortant, il regarde un peu les travaux pour le futur magasin, puis désire voir mon bois, entreposé dans l’écurie. Ça lui donne une occasion de saluer sa jument.


« J’ai posé les gestes et récité les paroles dans mon cœur, sans que ton épouse ne s’en rende compte. Ton petit garçon ira mieux dans deux jours.           

 - Je… Oui, merci.           

 - Tu ne me crois toujours pas, mon Jos ?           

 - Je suis si confus… Pourquoi ne pas coucher ici ? On pourrait en parler plus calmement, demain matin.           

- Demain, je serai loin.           

- Mais tu reviendras ? Il faut voir comme Louise a grandi. Une première de classe ! Pas le cas d’Adrien, mais c’est tout de même un bon petit garçon, adroit avec les outils.           

 - Nos routes vont se croiser de nouveau, Joseph. La mienne rencontrera aussi celle de Roméo. Je t’ai donné un coup de main, dans la vie. Ça t’a incité à travailler fort, à te surpasser, à te sentir encouragé. Tu auras un beau magasin ! Moderne, surtout ! Qui sait si dans quelques années, tu ne me rendras pas à ton tour de grands services ? Je surgirai au moment où tu t’y attendras le moins.  »

 

Tags: #joseph
 


Commentaires

 

1. nyxie  le 17-05-2015 à 13:23:52  (site)

C'est parfait tout ça, je suis loin d'en faire autant, déjà je ne suis pas douée et en plus j'ai pas le don de composer !
Bravo pour tes talents de romancier.
Je te souhaite un grand succès..
Bon dimanche.

2. MarioMusique  le 17-05-2015 à 19:03:27  (site)

Tout le monde est doué pour quelque chose, chère amie.

 
 
 
posté le 15-05-2015 à 06:56:48

Bibliographie de Mario Bergeron

 

ROMANS :
 

 

Tremblay et fils, 1996, CERRDOC, Shawinigan Sud

Le Petit Train du bonheur, 1998, Éditions JCL, Chicoutimi

Perles et chapelet, 1999, Éditions JCL, Chicoutimi

L'Héritage de Jeanne, 2000, Éditions JCL, Chicoutimi

Contes d'asphalte, 2001, Éditions JCL, Chicoutimi

Les fleurs de Lyse, 2002, Éditions JCL, Chicoutimi

Des trésors pour Marie-Lou, 2003, Éditions JCL, Chicoutimi

Ce sera formidable ! 2009, VLB Éditeur, Montréal

Les bonnes soeurs (L'amour entre parenthèses), 2013, Éditeurs réunis, Marieville

Gros-Nez, le quêteux, 2015, Marcel Broquet : La nouvelle édition, Saint-Sauveur

Le Pain de Guillaume, 2015, Marcel Broquet : La nouvelle édition, Saint-Sauveur

 

COLLECTIFS :

 

Nouvelles d'écrivains québécois, 2000, Québec Loisirs, Montréal : 1 texte : Jeanne, la princesse des pommes

Premiers mots de l'an 2000, Les Glanures, Shawinigan : 1 texte : Lettre à Jeanne

Nouvelles pages trifluvienes, 2009. Septentrion, Québec. 2 textes : Histoire des salles de cinéma de Trois-Rivières + L'Exposition agricole de Trois-Rivières

Histoire du Centre du Québec, 2013, Presses de l'Université Laval, Québec. 1 texte : Le cinéma. Mario Bergeron a aussi participé à la recherche pour l'aspect culturel de cette région, pour des textes crédités à l'historien Jean Roy

 


 
 
 

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