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Titre du blog : Gros-Nez le quêteux
Auteur : MarioRoman
Date de création : 15-05-2015
 
posté le 23-05-2015 à 05:54:27

Histoire et implication personnelle

 

Je n'ai jamais aimé l'idée de "roman historique" qu'on m'a imposée. Tant pis si des auteurs veulent donner des cours d'histoire en écrivant un roman, mais cela n'a jamais été mon but. Ce n'est pas parce qu'une fiction se déroule dans le passé qu'elle devient obligatoirement historique. Il n'y a eu aucune recherche dans des livres ou des journaux anciens pour ce roman. Aucune. Cependant, comme je suis historien, il y a certains éléments que je n'ai pas à vérifier, qui font partie de ma culture. J'ai glissé ces faits en douce, sans qu'ils ne nuisent aux caractères des personnages, aux situations. Par exemple : l'attitude méprisante des fermiers québécois envers les agronomes du gouvernement, tout ce qui est relatif aux forains, la vie dans les "Petits Canadas" dans les villes américaines de Nouvelle-Angleterre.

 

 

 

 

Quelle est la part personnelle d'un auteur dans son roman ? Elle est souvent présente, volontairement ou non. Des choses que je vois ou que j'entends deviennent des éléments du roman. Un bel exemple avec l'extrait suivant. En novembre 2009, en revenant du salon du livre de Montréal, je buvais mon café dans le froid, assis sur les marches d'un édifice, quand soudain surgit un jeune homme qui me réclame de l'argent pour un café. Je lui donne deux dollars et lui demande de venir boire avec moi. Il tient promesse. Il s'installe avec moi, m'informe qu'il sort de prison. Il était très drôle et observateur d'autrui. Il pouvait me prédire la réaction des passants quand il leur demanderait de la monnaie. Alors, je n'ai pas oublié, et cet homme véritable est devenu un personnage de Gros-Nez le quêteux.

 

 

Gros-Nez perd son temps sur la grande artère commerciale Sainte-Catherine, là où les policiers sont prêts à tout pour que le public ne soit pas importuné par l’apparence hirsute des vagabonds. L’homme croise quelques confrères, ne répondant pas à l’image folklorique de ceux de la campagne. Ce sont des sans emplois. Souvent, ces gens n’ont pas choisi l’errance, alors que certains ont valsé de malchances en catastrophes.  

 

« Je sors de prison, monsieur. Pouvez-vous m’aider ?

- Oui, je le peux. Marchons ensemble et nous parlerons.

- Je préférerais de l’argent.

- Pour manger ?

- Non, pour boire. Ça fait trois ans que je n’ai pas bu un verre de bière. J’ai plus soif que faim.

 - Allons-y. »  

Gros-Nez ne trouve aucune taverne acceptant son troc en retour d’une bière pour cet ancien prisonnier très drôle. Il interpelle les passants pour se moquer gentiment de leurs manières. Le quêteux ne ferait jamais une telle chose et ne peut expliquer pourquoi il rit en douce en voyant les visages se détourner ou les gens froncer les sourcils de façon outrée. Faute de bière, il consent à partager les biscuits et le pain de son sac.